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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 10:37
Ta bouche. Catherine Smits

Ta bouche

Comme une chantepleure 

Dans laquelle je verse 

Goutte à goutte 

Le cri de ma naissance 

Au flambeau de ta langue 

Recueille-le 

Protège-le de l'arrogance du temps 

Et quand l'éternité se jouera de nous 

Alors résonnera 

Dans la prophétie des saisons 

Dans l'incantation des ruisseaux 

La légende que mes mains

Ont bâtie sur ta peau .

 

Catherine Smits 

paru dans la revue " Possibles" n° 33 .

extrait de LE LIVRE DES VISAGES . A paraître . 

 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 07:55

Il faut penser; sans quoi l'homme devient,

Malgré son âme, un vrai cheval de somme.

Il faut aimer; c'est ce qui nous soutient;

Sans rien aimer il est triste d'être homme.

 

Il faut avoir douce société,

Des gens savants, instruits, sans suffisance,

Et de plaisirs grande variété,

Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

 

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,

Pour son bonheur, on écoute,on consulte,

Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,

Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

 

Il faut, le soir, un souper délectable

Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,

Les mets exquis,les bons vins, les bons mots

Et sans être ivre, il faut sortir de table.

 

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps

Le tendre objet que notre coeur adore,

Le caresser, s'endormir dans ses bras,

Et le matin, recommencer encore.

 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 09:35
LA MORT VIENDRA ; Césare Pavese

La mort viendra et elle aura tes yeux

cette mort qui est notre compagne 

du matin jusqu'au soir, sans sommeil 

sourde, comme un vieux remords

ou un vice absurde. Tes yeux 

seront une vraie parole

un cri réprimé, un silence

Ainsi les vois-tu le matin 

quand sur toi seule tu te penches 

au miroir. O chère espérance

ce jour-là nous saurons nous aussi 

que tu es la vie et que tu es le néant.

 

La mort a pour tous un regard. 

La mort viendra et elle aura tes yeux 

Ce sera comme cesser un vice, 

comme voir resurgir

au miroir un visage défunt, 

comme écouter des lèvres closes 

Nous descendrons dans le gouffre. Muets. 

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 08:00

Il y a trop souvent maldonne

Vivre est un jeu mal inventé

Le printemps passe et pas d'été

Voilà que c'est déjà l'automne

 

Voilà que c'est l'heure indue

Toute couleur faite ombre peinte

Par les miroirs du labyrinthe

L'enfant dans l'homme s'est perdu

 

L'enfant qu'en vain tu te rappelles

Dans ce vieux visage et tes mains

Etait-ce donc celà demain

Où le passé si peu s'épelle

 

On porte en soi toujours l'enfant

Confusément qu'on fut naguère

Et le soldat de cette guerre

Ce n'est pas l'homme qu'il défend

 

Toute mémoire est une eau trouble

Que voulez-vous que l'on y voie

Rien ne sert de crier quitte ou double.

 

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 09:01
La bonne fortune . René-Guy Cadou

Arbres vous m'habillez bien mieux que les cotons 

Ô sang de mon amour j'ai tes riches étoffes 

Le soleil les coteaux de la mer sur mon front

Et je m'en vais dans le ciel clair car je suis sauf 

Depuis que l'homme a mis le feu à ma maison 

 

Il ne me reste rien des vanités terrestres 

Pas même un livre ouvert un verre à moitié plein 

Dans la chambre du fond le portrait de mon père 

Ces vitres où l'oiseau venait offrir naguère 

En tentation son aile et son pouvoir marin 

 

Je suis dans le printemps comme au premier automne 

Espérant les blondeurs venimeuses du blé

N'accordant d'attention qu'aux guêpes qui bourdonnent 

Doucement dans mon coeur à ces pas dans l'allée 

Toujours en marche vers l'Admirable Personne 

 

Les glaises sont à moi j'ai aussi les bergers 

Pour les conversations nocturnes sous la lampe 

Je vogue sur les toits La rame des vergers 

Me soulève déjà bien au-dessus des rampes 

Théâtrales du monde orgueilleux naufragé 

 

Et je partage avec le vent la graine folle 

La bonne soupe avec les chiens Avec l'enfant 

Le calme bercement végétal d'une épaule 

Tout ce qui fait la joie de vivre et son tourment 

Par-delà l'étendue nacrée de la parole. 

 

 

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 08:50
La secrète évidence. Charlotte Colas

Si une seule fois nos pas pouvaient se déporter

De la désillusion d'avoir

Au prodige d'exister...

Si nos rêves pouvaient se baigner

Aux sources de toute chose

Ame en cils et paupières closes

La cécité humaine tressaillirait-elle

Au dodelinement joyeux de l'herbe sous la pluie

Aux tambours de la traversée du vivre

A l'étonnement des bourgeons du printemps

Quand l'hiver dépose son caban ?

 

Mais nous restons suspendus à des cimes de chimère

Nos talons désancrés par des quêtes à revers

Vers l'insaisissable du ciel

Jamais dans ce qui nous a été enlevé

L'originelle innocence

Le goût sucré de la violette sur nos langues

Le regard nouveau-né

Le jus d'une pomme croquée

La secrète évidence

De l'impénétrable à portée.

Charlotte Colas

Poème inédit . Tous droits réservés.

 

 

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 09:20

Je me sens pareil

Au premier lourdaud

Qu'encore émerveille

Le moindre jet d'eau

 

Les gens de ma sorte

Il en est beaucoup

Savent-ils qu'ils portent

Une pierre au cou

 

Un destin banal

Une âme blessée

Comme un vieux journal

Un veston froissé

 

Pour eux les miroirs

C'est le plus souvent

Sans même s'y voir

Qu'ils regardent dedans

 

Ils n'ont pas le sens

De ce qu'est leur vie

C'est une innocence

Que je leur envie

 

Il m'a fallu naître

Et mourir s'en suit

J'étais fait pour n'être

Que ce que je suis

 

Une saison d'homme

Entre deux marées

Quelque chose comme

Un chant égaré

 

ô vague aventure

Par hasard courue

Un bruit de voiture

Au bout de la rue

 

Tant pour le plaisir

Que la poésie

Je croyais choisir

Et j'étais choisi

 

Je me croyais libre

Sur un fil d'acier

Quand tout l'équilibre

Vient du balancier

 

Au bout de mon âge

Qu'aurai-je trouvé

Vivre est un village

où j'ai mal rêvé.

 

 

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 08:40

Le chevalier de l'éternelle jeunesse

Suivit, vers la cinquantaine,

La raison qui battait dans son coeur.

Il partit un beau matin de juillet

Pour conquérir le beau, le vrai et le juste.

Devant lui, c'était le monde

Avec ses géants absurdes et abjects

Et sous lui c'était la Rossinante

Triste et héroïque.

 

Je sais,

Une fois qu'on tombe dans cette passion

Et qu'on a au coeur un poids respectable

Il n'y a rien à faire, mon Don Quichotte, rien

Il faut se battre avec les moulins à vent.

 

Tu as raison,

Dulcinée est la plus belle femme du monde

Bien sûr qu'il fallait crier celà

A la figure des petits marchands de rien du tout

Bien sûr qu'ils devaient se jeter sur toi

Et te rouer de coups,

Mais tu es l'invincible chevalier de la soif

Tu continueras à vivre comme une flamme

Dans ta lourde coquille de fer

Et Dulcinée sera chaque jour plus belle.

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 08:37
Enfin le royaume. François Cheng

Nous avons bu tant de rosées

En échange de notre sang

Que la terre cent fois brûlée

Nous sait bon gré d'être vivants.

 

François Cheng

Enfin le royaume. Editions Gallimard 

 

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 08:12

Agir enfin sans plus de certitude

Que l'éclat du givre sur les carreaux 

 

Sans plus rien à comprendre 

Sinon l'oiseau blessé

Son regard doux que la douleur picore

 

Marcher 

Après s'être vraiment déshabillé 

 

S'habituer aux oeillades de la mort 

Derrière la porte

Le doigt toujours prêt sur la sonnette 

 

Il ne faudrait plus avoir à quérir le pardon 

 

Vivre 

 

Agir enfin sans plus de certitude 

Que le retour des marées 

 

Savoir que la tendresse réside même au ceux de l'arbre 

Comme une conviction 

 

Qu'il n'est aucun dommage à user la sève 

Puisqu'elle revient toujours

Nous mettre des mots dans la bouche 

Avec 

 

Des élans de guêpe 

Il ne faudrait plus avoir à mendier la faveur 

 

Vivre 

 

Agir enfin en cachette de la peur 

Dans l'humilité du simple laboureur 

 

Ne pas omettre de lire

La paroi d'un visage 

Où tout se gagne

 

Vivre 

 

Vivre

 

Vivre simplement

Simplement vivre .

 

Fabrice Peronnaud 

Poème inédit 

Tous droits réservés  

 

 

 

 

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  • : L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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