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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 08:09
Le vin mordu. Luc Bérimont

à René-Guy Cadou

 

De bas brouillards tremblaient aux vallées de l'automne

Les chiens jappaient sans fin sur le bord des ruisseaux

On entendait rouiller leurs abois dans l'écho

A des lieues et des lieues, sur des pays sans borne.

 

Le vent sentait la pierre rêche et le gibier

Il était dur et vif nous trancher la gorge.

Nous nous hâtions vers quelque grange dont le porche

Offrait déjà l'abri à des coqs qui chantaient

 

Lorsque, sur le revers d'un coteau, nous trouvâmes

La jaune, apaisante caresse des raisins:

Bien à l'écart du vent, des grappes plein les mains

Nous bûmes longuement, renversés sur la flamme.

 

 

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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 08:39
Lorsque je serai mort. H. Gougaud

Qu'on me lave de vin lorsque je serai mort

que le sang de la vigne envahisse nos veines

au jugement dernier qu'on amène mon corps

parfumé de raisin de menthe et de verveine

 

 Femme aux plaisirs humains à la sève des fleurs

que ton coeur affamé jamais ne se dérobe

les chemins de l'amour sont ravinés de pleurs

si tu passes par là relève bien ta robe

 

Ne traine pas ta peine à mon enterrement

je n'y veux que sanglots de bonbonne bien pleine

où que j'aille j'irai couronné de sarments

droit comme le cyprès bon comme la romaine

 

Bon comme le festin aux dernières bouchées

bon comme le bon vin à la dernière cruche

et bon comme la nuit où je serai couché

à l'abri des embruns à l'abri des embûches

 

Le temps est une cage elle sera brisée

je prendrai mors aux dents vers l'espace immobile

et je tendrai les bras pour un nouveau baiser

au germe du raisin palpitant sur l'argile

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 07:27
Au coeur d'un bois. François Cheng

Tout le silence fulgure en un chant 

Dans l'éternité d'un jour gris 

Au coeur du bois

                que survolent d'insoucieux nuages 

Tout le silence gonflé du chant 

               surgi des entrailles de la mésange 

Rond comme la rotation de l'univers 

Rons comme un coeur qui bat 

Coeur humain gonflé de douceur, de douleur

               de cris de vivants et de morts

Eclatant en unique chant de l'instant 

Dans l'éternité d'un jour gris 

               que survolent d'oublieux nuages 

Au coeur d'un bois . 

Extrait de A l'Orient de tout. Poésie Gallimard 

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 07:14
illustration Paul Trilloux

illustration Paul Trilloux

J'en ai trop, j'en ai trop gros de nuit sur le coeur, 

comme un oiseau en deuil du printemps de nos yeux,

une nuit comme on prend tous les mauvais chemins

une nuit comme on pleure un dieu tombé trop tôt, 

ou un soleil parti sans laisser une adresse, 

une nuit qui remonte à la tête des mots, 

une nuit à couper au couteau du malheur, 

une nuit à rayer tout mirage au long cours, 

une nuit à brouiller les lignes de ma main, 

une nuit comme une ombre éprise d'elle-même, 

une nuit que combat la torche de mon sang

une nuit qui ne rime à rien qu'à la nuit même, 

une nuit comme on voit soudain la mort en rose, 

une nuit comme on vit à côté de sa plaque, 

et comme on ne sait plus faire la part du feu , 

 

une nuit comme un mot pourri au coin des lèvres, 

 

une nuit comme on reste seul la main 

tendue. 

 

Anthologie Christian Moncelet 

Editions Le nouvel athanor 

disponible en librairie, www.lenouvelathanor.com, fnac.com et même amazon.fr 

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 07:13
Belles saisons obscures Gérard Bocholier

Nous n'oublions rien des moissons lourdes

Des plaines brûlées du long désir

Noué aux vignes des sarments rouges

De la chair des pollens de lumière

Autour des épaules des visages

Tendus vers une crête invisible

Nous sommes la mémoire du vent

Qui s'épuise au chevet de l'hiver

Quand vous ne songez plus qu'au silence

Où disparaissent même les noms

Des plus aimés de leurs plus beaux songes

Même cette paume sur la nuque

A la croisée des routes les peurs

Et leurs aveux débordant les ombres.

 

Extrait de Belles saisons obscures . Editions Arfuyen 2012

 

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 07:44
Peinture de Claude Legrand

Peinture de Claude Legrand

On m'a jeté tant de pierres, 

Que plus aucune ne m'effraie 

Le piège s'est fait haute tour,

Haute parmi les hautes tours.

Je remercie ceux qui l'ont construite,

Qu'ils cessent de s'inquiéter de s'attrister.

De tous les côtés, je vois l'aube plus tôt.

Et le dernier rayon du soleil triomphe ici. 

Souvent dans les fenêtres de mes chambres 

Entrent les vents des mers du nord, 

Et le pigeon mange dans mes mains du grain...

Cette page que je n'ai pas finie, 

La main brune de la Muse 

Divinement calme et légère, 

Y inscrira le dernier mot.

 

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 07:38
La belle étoile. René-Guy Cadou

Sur le clavier du ciel où chantent les étoiles

Lancé sur le trapèze impossible des voiles

Dans la sciure des blés habitée de perdrix

Gagnant le toit la tonte épaisse de la nuit

Tout le jour en danger mais retrouvant des ailes

Pour dépasser le monde obscur la citadelle

Est-ce mon ombre ou la lumière sous la pluie

 

Je ne sais qui je suis prisonnier de ces routes

Avec mon sang qui coule à la mer goutte à goutte

Avec ces larges plaies aussitôt pardonnées

Et mon coeur de plein vent ma grange abandonnée

 

Je vais. J'ai rendez-vous sur le plateau sans âge

Avec de vieux béliers frappés à mon image

Enfin je vais bondir sous les cornes du feu 

 

Rien ne ressemble moins à tes yeux que mes yeux

Homme étrange occupé de besognes terrestres

Qui couvres de limons la blancheur du charnier

 

Jamais tu n'oseras, usant tes propres cendres

Jeter sur le tableau les mots qui font comprendre

Que tout l'amour du monde est à imaginer

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 05:16
illustration Paul Trilloux

illustration Paul Trilloux

Où Vivre-Ensemble est un château.

Un homme, à part fait chambre noire 

et  fixe à la lueur des mots 

la sainte face de ses frères. 

 

- Poète, Ô chatelain de nos misères

dis-nous de quels mots tu te chauffes! 

- J'approche de la flamme

à petits mots, je sais. 

Je n'ai pas le secret d'en imposer au sang

qui bat aux tempes de l'ennui négligemment.

Mes vers charbonnent par instants, 

ma lampe manque de silence. 

 

Vous ne rêvez sur mon poème

qu'à petit feu, je le sais bien, 

excusez-moi du peu. 

Mon poèmeest bouquet de cendres, 

mémoire muette d'un jeu

chaud seulement d'avoir été. 

 

Pourtant-qui en sait la raison? 

à bout de regard et pour tous

je porte un poids de nuits tombées

de vos mémoires défaillantes.

 

Mais, comme vous, je serai seul

quand se posera sur mon rire 

le givre de ne plus aimer.

 

Où-Vivre-Ensemble est un château 

- Poète, Ô châtelain de nos misères, 

donne nous ta faim quotidienne. 

 

Christian Moncelet 

Extrait de Noctalgies-silence d'honneur 

Editions BOF 1982 

 

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 08:33
Constellations - Georges-Emmanuel Clancier

Ces deux au coeur de la nuit claire, 

Guetteurs d'ils ne savent quel mot

Que terre et temps ont peut-être oublié

Et qui ferait s'ouvrir le monde

Comme un fruit éclaté dans l'été

Les longs dormeurs noirs à l'horizon 

Les monts en bivouac depuis l'éternité

Le niagara muet du ciel et des étoiles, 

La source au loin de cette aurore inverse 

Et là le prélude que font à la fraîche 

Les chaudes odeurs des silex et des herbes .

Ce ne sera pas encore pour cette nuit 

Le nom, le secret, la clef, 

Mais qu'elles furent proches de s'entrouvrir 

Les sombres lèvres de l'espace. 

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 08:22
J'arrive où je suis étranger.Aragon

J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière

D'où viens-tu mais où vas-tu donc

Demain qu'importe et qu'importe hier

Le coeur change avec le chardon

Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur la tempe

Touche l'enfance de tes yeux

Mieux vaut laisser basses les lampes

La nuit plus longtemps nous va mieux

C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne

Mais l'enfant qu'est-il devenu

Je me regarde et je m'étonne

De ce voyageur inconnu

De son visage de ses pieds nus

Peu à peu tu te fais silence

Mais pas assez vite pourtant

Pour ne sentir ta dissemblance

Et sur le toi-même d'antan

Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte

Le sable en fuit entre nos doigts

C'est comme une eau froide qui monte

C'est une honte qui croit

Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose

C'est long de renoncer à tout

Et sens-tu les métamorphoses

Qui se font au-dedans de nous

Lentement plier les genoux

ô mer amère ô mer profonde

Quelle est l'heure de tes marées

Combien faut-il d'années-secondes

A l'homme pour l'homme abjurer

Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre

Rien comme être n'est passager

C'est un peu fondre comme le givre

J'arrive où je suis étranger

 

Louis Aragon

 

 

 

 

 

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Présentation

  • : L'atelier des Poètes - par Jacques Viallebesset
  • : VIVRE POETIQUEMENT, L'AMOUR VRAI, LA JOIE D'ETRE sont les trois facettes d'une seule et même chose qui se nomme: ETRE et ne pas seulement exister. Lorsqu'on vit poétiquement, forcément, ça laisse des traces....
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